Exceptions grammaticales

La grammaire française adore une bonne exception. En voici quelques-unes qui piègent les apprenants à tous les niveaux — autant s'y habituer tôt.

"Être" et "avoir" au passé composé

La plupart des verbes utilisent "avoir" comme auxiliaire au passé, mais une quinzaine de verbes de mouvement/état (aller, venir, naître, mourir, monter, descendre...) utilisent "être" — et leur participe passé s'accorde alors en genre/nombre avec le sujet.

"Elle est allée" (et non "elle a allé").

Pluriels irréguliers en -al → -aux

La plupart des noms prennent simplement un "-s" au pluriel, mais les noms en "-al" passent généralement à "-aux" — avec quelques exceptions récalcitrantes qui prennent un "-s" comme tout le monde.

"un cheval" → "des chevaux", mais "un bal" → "des bals".

"Tout" change de forme plus qu'on ne l'attendrait

"Tout" s'accorde en genre et en nombre (tout, toute, tous, toutes) comme adjectif, mais reste invariable comme adverbe devant la plupart des adjectifs — sauf devant un adjectif féminin commençant par une consonne, où il s'accorde à nouveau.

"Elle est toute contente" (adverbe, accordé) vs. "Elle est tout étonnée" (adverbe, non accordé devant une voyelle).

Des lettres muettes qui ne le sont pas toujours

Le français élide volontiers ses consonnes finales, mais la liaison en fait ressurgir certaines quand le mot suivant commence par une voyelle — et quelques mots interdisent complètement la liaison ("les haricots" ne se lie jamais).

"les amis" se prononce "lez‑ami", mais "les haricots" garde une coupure nette.

Le subjonctif apparaît dans des phrases étonnamment banales

On s'attend au subjonctif seulement après l'émotion ou le doute, mais une longue liste d'expressions courantes ("il faut que", "bien que", "avant que") l'exige aussi silencieusement, sans exception.

"Il faut que tu viennes" (et non "tu viens").

"Après-midi" ne choisit pas de genre

Un petit groupe de noms français sont officiellement à la fois masculins et féminins selon l'usage — "après-midi" est celui que vous croiserez le plus souvent en conversation.

"un après-midi" et "une après-midi" sont tous les deux corrects.

"Œil" et "ciel" : des pluriels qui changent de racine

La plupart des pluriels irréguliers modifient juste la terminaison, mais quelques noms changent presque totalement de forme au pluriel — sans lien avec la règle des noms en "-al" vue plus haut.

"un œil" → "des yeux" ; "un ciel" → "des cieux" (sens poétique ; "des ciels" existe aussi, au sens plus concret de peinture).

Des adjectifs qui changent complètement au féminin

La plupart des adjectifs ajoutent juste un "-e" au féminin, mais une poignée change de forme presque entièrement — hérité directement du latin plutôt que d'une règle régulière.

"beau" → "belle", "vieux" → "vieille", "blanc" → "blanche", "roux" → "rousse".

"Bijou, chou, genou..." : des pluriels en -x plutôt qu'en -s

Les noms en "-ou" prennent normalement un "-s" au pluriel, mais sept d'entre eux prennent un "-x" à la place — une liste fermée à apprendre par cœur, sans logique apparente pour la deviner.

"un bijou" → "des bijoux", "un chou" → "des choux", mais "un trou" → "des trous" (règle normale).

"Gens" change de genre selon la position de l'adjectif

"Gens" est un nom masculin pluriel, sauf pour un adjectif placé juste avant lui, qui se met alors au féminin — un des accords les plus étranges du français, même pour les francophones natifs.

"de vieilles gens" (adjectif avant, féminin) mais "des gens vieux" (adjectif après, masculin).

"Malgré que" est fautif — mais presque tout le monde l'utilise

Les grammaires prescrivent "bien que" ou "quoique" pour exprimer la concession ; "malgré que" reste officiellement incorrect ("malgré" est une préposition, pas une conjonction), pourtant on l'entend partout à l'oral.

Forme correcte : "bien qu'il pleuve, je sors." Forme très répandue mais fautive : "malgré qu'il pleuve, je sors."

Le pluriel des noms composés n'est pas toujours celui qu'on croit

Dans un nom composé, seuls les noms et les adjectifs prennent la marque du pluriel — jamais les verbes, ni les prépositions, ce qui donne des pluriels qui semblent irréguliers au premier abord.

"un compte-gouttes" → "des compte-gouttes" (compte = verbe, invariable) ; "un grand-père" → "des grands-pères" (les deux mots s'accordent).

"Demi" est invariable avant le nom, mais s'accorde après

Placé avant le nom et relié par un trait d'union, "demi" ne s'accorde jamais ; placé après et relié par "et", il s'accorde en genre (jamais en nombre, puisqu'il n'y a toujours qu'une demie).

"une demi-heure" (invariable, avant) mais "une heure et demie" (accordé au féminin, après).

Le futur du verbe "envoyer" ne suit pas le modèle attendu

Les verbes en "-oyer" changent normalement le "y" en "i" au futur ("nettoyer" → "je nettoierai"), mais "envoyer" va plus loin et devient "enverrai" — un radical irrégulier hérité de l'ancien français.

"j'enverrai", "tu enverras"... (et non "j'envoierai", pourtant plus logique).